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L’humour face à l’inéluctable

FUNECAP Île-de-France a organisé une soirée au théâtre du Rond-Point le lundi 13 mai 2019 où se jouait le spectacle écrit et joué par Yves CUSSET « Rien ne sert d’exister ».

Rien ne sert d’exister, une interrogation permanente

Yves CUSSET, philosophe et humoriste était venu nous interroger et s’interroger. Comme chaque personne en face de lui ce soir-là dans la salle, sa propre fin est en question. Si mourir est inéluctable, pourquoi vivre ? Si vivre est un affrontement permanent, pourquoi aimer ? La vie, la mort et l’amour forment un triptyque ineffable. Un rire cynique ? Loin de là. La salle timide finira par esclaffer franchement au fur et à mesure que les minutes passent.

Dans le public, les Co-Présidents Xavier THOUMIEUX et Thierry GISSEROT étaient venus assister au spectacle ainsi que les Directeurs Luc BEHRA et Damien GARON, eux-mêmes accompagnés de membres du siège, de collaborateurs et de Directeurs de secteurs. Familles, instituts médicaux, maisons de retraite étaient également assis auprès d’eux. Martial MAZARS, Directeur Exécutif Île-de-France, a introduit cette soirée aux 700 personnes présentes dans la salle. Tous ici travaillent avec la mort ou ont été touchés de près par elle.

Il fallait lire entre les lignes de ce monologue haletant et enivrant. Yves CUSSET réconcilie l’absurde et le comique, la réflexion et les préoccupations philosophiques d’une existence somme toute ordinaire. 

Ça n’est pas tant la mort qui fait rire, mais cette mise en abîme permanente, cette forme de mise en perspective, ce questionnement jusqu’auboutiste. Grâce à sa verve poétique, on assiste au mélange savoureux du désespoir et de l’humour.

A la vie, à l’humour

Peut-on rire de la mort ? Une question récurrente qui vient s’apposer à « peut-on rire de la maladie, du racisme, du handicap » ? « Peut-on rire de tout, pourquoi et comment ? » On brandit comme joker la carte liberté d’expression pour se déculpabiliser face au rictus automatique déclenché lors d’un spectacle. La liberté est-elle vraiment en question ? 

L’humour n’est pas une moquerie de l’autre (contrairement à une blague) c’est une moquerie de soi, et par extension de la société dans laquelle on évolue. La frontière est mince entre le rire et l’offense. L’humour c’est un doute permanent, et en cela,  il rejoint parfaitement la philosophie.

Il est par définition anti narcissique. Henri BERGSON[1] écrivait en 1899 que l’humour était un « antidote à la vanité ». Or mourir, c’est faire le deuil de soi, un deuil « impossible » pour Elisabeth KÜBLER-ROSS[2], la première à parler des 5 étapes du deuil. Et c’est en cela que rire de la mort sur scène est un exercice complexe.

Rire de quelque chose que l’on ne saisit pas

Sur scène, la mort s’est toujours révélée tragique, et ce depuis l’Antiquité. Infanticide, empoisonnement, trahison funeste, on ne compte plus le nombre de scènes où la mort s’invite dans les tragédies grecques. Elle permet d’expier, elle est libératrice. La mort sur scène est à l’instar de l’amour : une catharsis.

Deux siècles plus tard, est-ce vraiment différent ? Que diraient Eschyle, Euripide et Sophocle de l’œuvre d’Yves CUSSET, « Rien ne sert d’exister » ?

Se réapproprier le sens de la vie

Athée ou croyant, chacun a le même problème : personne n’a vécu la mort.  Elisabeth KÜBLER-ROSS expliquait que la mort est, et sera toujours « un objet de répulsion ». Au début du XXe, on tente de l’éloigner, les progrès médicaux rendent paradoxalement la mort encore plus injuste, encore plus violente. Mourir ? Le symbole ultime de l’échec.

Pourtant avec Pierre DESPROGES[3], nous avions l’habitude de l’exercice (« suicidez-vous jeune, vous profiterez de la mort » ) ironisait-il. On rit de la famille Addams[4], de la collection de BD « Pierre Tombale »[5] ou encore « La petite mort »[6]. Jean TEULE[7], avec « Le magasin des Suicides » nous en faisait une lecture délicieuse.

La culture s’est approprié la mort non pas pour l’éviter, la nier, la contrôler, mais bien pour nous la rappeler et choisir comment nous allons vivre notre vie en sachant cela. Quels moyens allons-nous utiliser ? Yves CUSSET en fait d’ailleurs une belle métaphore en nous amenant au salon de l’auto. Quelles personnes prendrons-nous à notre bord ? Rire de la mort, c’est une histoire de temps et de moyens.

Pourquoi était-ce si important ?

En tant que Groupe référent dans le funéraire, nous avons a un rôle sociétal majeur. Les grandes marques s’engagent à travers différentes causes, contre l’obésité, pour la protection de l’environnement, etc. Pour nous, et au-delà de la dimension patrimoniale du funéraire et de l’accompagnement permanent de l’évolution des besoins des familles endeuillées, notre rôle est aussi d’ouvrir le débat sur un sujet qui nous concerne tous. Éveiller les consciences, même timidement, c’est le pari que nous avons entrepris, bien décidés à innover sur tous les plans.

 

 

[1] Henri, Bergson (auteur) et Antoine, de Baecque (préfacier), Le Rire. Essai sur la signification du comique, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot » (no 833), 4 janvier 2012, 201 p.

[2] Elisabeth KÜBLER-ROSS et David KESSLER, Sur le chagrin et le deuil, coll.  « Jean-Claude Lattès » 14 octobre 2009, 313 p.

[3] Pierre Desproges, humoriste, écrivain, 1939-1988.

[4] The Addams Family, Barry, Sonnefeld, « Paramont pictures », Etats-Unis, 1991, 99 min.

[5] Pierre Tombale, Cavin (scénario), Hardy (dessin), Humour BD, Belgique, coll.  « Dupuis », 1986- .

[6] La Petite Mort, Mourier, Davy, Humour BD, France, coll. « Delcourt », 2013 (Tome 1).

[7] Jean, Teulé, Le magasin des suicides, coll.  « Julliard », Paris, 2007, 160 p.